Vanessa à Séville

 

Mardi 26 avril 2005

 

On se rend compte dès qu’on arrive à Séville de la grande tradition religieuse. La ville est truffée d’églises, de monastères, de couvents… Mais ce qui est plus étonnant c’est quand on va boire un coup dans un bar et que les murs sont recouverts d’images saintes !

 

Avec l’arrivée du printemps, la ferveur catholique envahit les rues lors de la Semaine Sainte. Mais attention, bien que d’un œil extérieur on a l’impression que les sévillans sont extrêmement dévots, quand on discute avec eux, ils nous expliquent que ce n’est pas réellement de la religion mais de la tradition. Et c’est vrai que croyants, non croyants, croyants d’une autre religion, tout le monde se laisse prendre par l’émotion de cette grande fête.

 

A Séville, il y a 57 confréries religieuses. Chaque confrérie porte son adoration à un Christ et à une Vierge. La semaine sainte commémore la passion du Christ et sa résurrection. Chaque confrérie effectue donc son chemin de croix dans les rues de la ville. Imaginez ces 57 confréries se déplaçant dans les rues étroites de Séville, sachant que chaque confrérie regroupe plusieurs milliers de personnes. Et bien figurez vous que l’organisation est parfaite, les horaires sont respectés (chose impossible ici dans n’importe quelle autre situation). On peut récupérer un petit livret dans lequel sont indiqués, jour par jour, les horaires et les noms des rues où passent les processions.  Si on reste à un endroit fixe à regarder une procession passer on peut rester plus d’une heure et demi du premier pénitent au dernier.

Chaque procession est composée de pénitents (nazarenos, hermanos…) qui sont en général pieds nus mais peuvent porter des sandales, sont habillés de longues tuniques et de capuchons pointus (capirotes) ne laissant voir que leurs yeux et porte un long cierge à la main, de pasos (immenses plateaux -entre 1500 et 2000kg- supportant des statues du christ ou de la vierge ou des scènes de la bible portés à l’épaule par une cinquantaine d’hommes, les costaleros) et d’orchestres.

 

La semaine sainte je l’ai faite avec des vrais sévillans. Le but est d’aller d’une rue à l’autre par les petites rues transversales presque en courant pour voir le maximum de pasos. Le mardi saint j’ai passé 8h à courir d’une procession à l’autre dans les rues de Séville, magique ! Toutes les rues du centre sont coupées, les gens sont là par milliers dans les rues pour voir passer les images et les pénitents. Quand le paso passe, le silence total se fait. Le paso avance d’une vingtaine de mètres et s’arrête pour laisser le temps aux hommes accroupis de boire de l’eau et de souffler. Deux techniques pour se relever : la plus classique : tous les hommes se relèvent en sautant ensemble, le paso s’élève donc au-dessus de leurs épaules et retombe, ou plus dur : ils se relèvent en portant le paso petit à petit jusqu’à être debout (a pulso). Des hommes les guident à l’extérieur lorsqu’il faut tourner dans les rues étroites et les encouragent à la voix au moment de se relever.

De temps en temps le paso s’arrête devant un balcon où une femme ou un homme leur a fait signe, silence total de la foule. Une saeta retentit : L’homme ou la femme chante alors a cappella de manière improvisée une complainte pour le Christ ou la Vierge. C’est bouleversant. Il émane de la foule un profond respect et recueillement. La tête me tourne des odeurs d’encens et d’ azahares (orangers en fleur)…

Entre deux processions on s’arrête dans un bar boire une bière et manger des tapas, à vrai dire on a toute la journée une bière à la main.

Les premières processions commencent à sortir vers 14h, la dernière se termine vers 3h30. Sauf la nuit du jeudi au vendredi saint : la madruga qui dure toute la nuit jusqu’au vendredi midi. Je n’y suis hélas pas allée mais apparemment cette nuit-là les émotions sont à leur apogée, les gens se mettent à pleurer, à crier, à applaudir, une vraie folie collective…

Le seul trouble fête : la pluie. Les pasos ont une valeur inestimable : la statue en elle-même qui peut dater du XVIeme s., du XVIIe s., son habit en velours brodé d’or pour la vierge, sa couronne d’or, les milliers de fleurs l’ornant qui valaient cette année d’autant plus chère vue la sécheresse… C’est pourquoi dès que les gouttes commencent à tomber, les pasos sont vite protégés dans l’église la plus proche et ne ressortent plus. Cette année, il a plu le lundi soir et le mercredi soir, j’ai vu des  familles entières pleurer car cela faisait des mois qu’ils préparaient la procession.

En résumé, un mélange d’odeurs, de couleurs, de musique, d’émotions… de magie… A vivre !


 

Et en 2006:             

http://vanessaaseville.over-blog.com/article-2393764.html

http://vanessaaseville.over-blog.com/article-2490967.html

par Vanessa Narbona publié dans : vanessaaseville
 

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