
Toujours sous antibiotiques ... mais ça ne m’a pas empêchée de profiter de la Semana Santa 2006. Et cette année j’en ai bien profité surtout le mercredi et le jeudi jusqu’à la madrugá qui se termine le vendredi vers 14h. Le temps était de la partie jusqu’à ce moment là à peu près. Le vendredi après midi les processions n’ont pas pu sortir (El Cachorro n’est pas sorti pour la troisième année consécutive) et le samedi on est allé à la plage comme tous les Sévillans (après la Madrugá même les plus fervents suiveurs de la semana santa partent à la plage).
Cette année j’ai vu des aspects très différents de la semaine sainte.
Tout d’abord, j’ai assisté à la « entrada » d’une « cofradía » dans son église depuis un balcon juste en face de la porte. Ce privilège n’est pas mesurable, le prix des balcons en semaine sainte dépasse les 500 euros. Moisés et ça famille nous avaient donc invités à voir entrer « la hermandad de San Bernardo » dans son église. Pour nous aider à attendre, un buffet composé de bières, vins et des mets les plus sévillans (gambas, empanadas, jamón, tortilla...) étaient mis à notre disposition par nos hôtes. Ceci est tout a fait typique de l'incroyable hospitalité et générosité andalouse desquelles j'ai eu la chance de bénéficier depuis que je suis arrivée.
Les invités étaient composés de 3 familles et l’appartement disposait de 4 balcons donnant sur la porte de l’église. L’attente est longue et quand la procession arrive l’attente continue puisque la procession de San Bernardo comporte 1850 nazarenos (2h de passage). Mais malgré ça, ça vaut vraiment le coup lorsque les pasos arrivent, énormes, portés par les épaules d’une quarantaine de costaleros, que les lumières de la ville s’éteignent, qu’un homme lance une saeta (chanson ressemblant à une plainte chantée au christ ou à la vierge) au pied de l’église, puis une jeune fille fait de même du balcon d’à côté lorsque la vierge arrive, l’émotion est à son comble. Puis on observe la prouesse sportive des hommes qui manoeuvrent pour réussir à faire entrer le paso par la porte de l’église et on applaudit de la réussite. A nos pieds des centaines de personnes se sont amassées. Quelques femmes crient à la vierge : « ¡ guapa ! », drôle de compliment (belle, jolie).
J’ai vu aussi des cofradías très peu formelles. Il faut que je parle en particulier de Monte-Sión que nous avons vu passer calle Angela de la Cruz. Les « nazarenos » masqués et portant leur cierge manquaient de sérieux. Nous nous sommes bien marrés en les regardant passer. Entre les « nazarenos » accompagnés de leurs petites amies qui de très court et coloré vêtues leur tenaient la main, ceux qui accompagnés de leur pandilla (groupes d’amis) goûtaient aux glaces de leurs amis et ceux qui discutaient tranquillement avec leus amis et famille, on se demandait si c’était vraiment une pénitence. Finalement l’un des chefs de rang les rappelle à l’ordre car certains n’avançaient même plus. Je vous mets aussi une photo des pieds des costaleros qui s’étaient arrêtés devant nous.
Il existe quelques traditions pour les enfants : la chanson “nazareno dame un caramelo y si no me lo das, te pego una patá” (« nazareno donne moi un bonbon et si tu ne me le donnes pas je te donne un coup de pied », joli chantage...) afin d’obtenir des bonbons mais aussi la tradition de faire une boule de cire avec la cire qui tombe des cierges. J’ai même vu un jeune nazareno se faire lui-même sa boule de cire en marchant !
Jeudi soir j’ai vécu la Madrugá. La Madrugá commence vers minuit mais comme toute l’après midi il y a les processions du Jeudi Saint tout s’enchaîne. William avait réussi à obtenir des entrées pour la cathédrale. En effet toutes les processions passent par la cathédrale pour se prosterner devant « el Monumento » (autel où repose l’eucharistie construit pour la Semaine Sainte). Ayant encore une fois l’oppportunité de voir quelque chose que peu de personnes voient, nous y sommes allés très enthousiastes. A 2h nous devions être dans la cathédrale et à 2h30 passait la première procession « El Silencio », l’une des plus sérieuses. Au claquement de doigts d’un « hermano mayor », les pénitents devaient s’agenouiller devant el monumento par groupe d’une vingtaine. A ce moment là il faut bien avouer que tous ces hommes masqués s’agenouillant sur l’ordre d’un autre ressemblait terriblement à une cérémonie secrète d’une secte. C’était très impressionnant à vrai dire. Mais long, très long de voir passer tant de nazarenos, je me suis donc endormie. Quand William m’a réveillé le premier paso entrait dans l’église au son triste du tuba. Le paso se tourne et descend face au monumento toujours au claquement de doigt de l’hermano mayor et aux injonctions des guides du paso. La cathédrale est terriblement silencieuse. Puis recommence le passage des nazarenos, c’est au tour de William de s’endormir. Finalement, après avoir vu toute la procession de « El silencio » et la moitié (jusqu’au christ) du Gran Poder nous avons abandonné la cathédrale, dormant déjà à moitié. On se quitte donc et je rentre vers le quartier de la Macarena où j’habite. Je croise en chemin la procession de « los Gitanos ». Et à côté de la foule regardant passer les nazarenos, un groupe de gitans qui chantent, dansent, et « tocan las palmas ». Je m’approche. Un homme dit à un autre : « El Farruquito y Antonio estan aquí ». Je reste donc dans cette ambiance joyeuse à deux pas de la procession. Au bout d’un moment je me rends compte que je suis l’une des seules non gitanes du groupe, les autres Sévillans commencent à râler car le paso du christ s’approche et qu’ils ne se taisent pas. Je rejoins la foule pour voir passer le christ. Les gens râlent car les gitans continuent à chanter. Le paso tourne et il s’arrête. Les gitans ont enfin arrêté de chanter. L’un d’eux monte sur une grande poubelle de ville et commence une saeta. Les gens autour de moi s’exclament : ¡qué escándalo ! (quel scandale !) et partent. Je n’ai pas réussi à entendre les paroles de sa saeta, mais il semblerait que souvent les gitans chantent des saetas très grossières sans parler du fait de la chanter du haut d’une poubelle... A la fin le même gitan crie. « Viva los gitanos ! » et le groupe de répondre « ¡Viva ! »
Après ça je suis partie me reposer quelques heures (4 pour être exact) car à 10h passait la macarena de la calle Relator a la calle Parras. Je voulais la voir passer par là pour de multiples raisons (l’étroitesse du lieu qui rend difficile la manoeuvre et un poème de Emilio Durán en particulier) . Je suis donc repartie avant même que mes parents et ma soeur ne soient prêts. Au moment où j’arrivais le Christ entrait lui dans la calle Relator depuis la calle Feria. Le christ est arrivé jusqu’au croisement de rue, s’est arrêté pour une saeta et a tourné juste devant moi. On sentait une grande tension due à la veillée. Il était déjà 10h30 et les gens n’avaient toujours pas dormi. Après 1h d’attente, la Vierge de la Macarena apparaissait enfin au bout de la rue. La rue derrière moi s’était remplie. La vierge de la Macarena a beaucoup plus d’admirateurs que n’en a le Christ. Saeta, tournant entre les deux rues extrêmement étroites, un homme s’est mis à pleurer à côté de moi, des ¡guapa ! fusaient de partout. La vierge entre dans la calle Parras et nous la suivons. Nouvelle saeta. J’ai laissé les gens me dépasser la regardant s’éloigner dans cette rue étroite. De tous les balcons des femmes jetaient des fleurs sur le haut du paso.
Je suis alors partie rejoindre ma famille devant la basilique de la Macarena pour attendre la venue du christ et de la vierge. Une foule immense s’était amassée là. Les deux pasos ont fait un tour complet face à la foule. A la vierge les gens lui criaient : « ¡guapa !, ¡guapa !, ¡guapa guapa guapa ! ».
Il est déjà 14h quand la vierge s’approche de la porte de la basilique, cela fait 14h qu’elle est sortie de celle ci. Mais cela n’est pas suffisant. Les costaleros font entrer et sortir la vierge plusieurs fois pour montrer leur résistance mais surtout pour rivaliser avec un autre quartier de Séville, celui de Triana. Là-bas la vierge Esperanza de Triana à la même heure doit entrer dans son église. Entre les deux quartiers c’est à qui restera le plus longtemps et tous les ans les deux doivent payer des amendes à la mairie pour avoir bloqué la rue plus longtemps !!
Ma semaine sainte s’est terminée là, nous sommes allés déjeuner dans un bar puis j’ai fait une longue sieste pour récupérer !
En 2005, rappelez-vous:
http://vanessaaseville.over-blog.com/article-299964.html